À chaque débat budgétaire ou réforme sociale, la même question resurgit : les retraités seraient-ils avantagés par rapport aux actifs ? Dans un contexte de dette publique élevée et de pression sur les finances sociales, cette idée s’est imposée dans le débat public. Elle oppose générations et alimente un sentiment diffus d’injustice. L’analyse des données disponibles invite pourtant à nuancer fortement cette lecture. Décryptage.
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Les retraités au cœur des critiques politiques et sociales
Depuis plusieurs années, responsables politiques et représentants du patronat dénoncent ce qu’ils estiment être des avantages persistants accordés aux retraités.
François Bayrou avait ainsi mis en cause le niveau de vie des baby-boomers, tandis que le Medef, par la voix de Patrick Martin, critique des dispositifs fiscaux jugés trop favorables, comme l’abattement de 10 % sur l’impôt sur le revenu ou certains taux de CSG.
Ce discours dépasse largement la sphère institutionnelle. Dans les familles comme sur les réseaux sociaux, les retraités sont parfois décrits comme protégés par le système, financés par des actifs soumis à une forte pression fiscale.
Cette représentation heurte pourtant une réalité vécue bien plus contrastée, marquée pour beaucoup par des budgets serrés et une vigilance permanente sur les dépenses.
Un système sous contrainte démographique et financière
Le débat se nourrit aussi de données structurelles. Le système français de retraite par répartition repose sur la solidarité entre générations, mais son équilibre est fragilisé. Les actifs consacrent près de 28 % de leur salaire brut au financement des pensions, dans un contexte de stagnation des revenus et de difficultés d’accès au logement.
La démographie accentue ces tensions. Le ratio cotisants-retraités s’est fortement dégradé, tandis que l’allongement de l’espérance de vie augmente la durée de versement des pensions.
Pour Maxime Sbaihi, directeur stratégique du Club Landoy, ce déséquilibre pèse directement sur les générations suivantes. Antoine Foucher, ancien conseiller de Muriel Pénicaud, estime que cette situation explique en partie la résistance aux réformes : l’écart de niveau de vie entre actifs et retraités reste trop faible pour inciter à travailler plus longtemps.
Revenus, niveau de vie et angles morts statistiques
Les chiffres publiés par Insee et la Drees montrent un écart clair entre revenus d’activité et pensions, même si la comparaison des niveaux de vie tend à réduire cette différence. Cette approche intègre des éléments spécifiques qui bénéficient plus souvent aux retraités, comme le patrimoine ou l’absence de charges de logement pour les propriétaires.
Les principaux facteurs expliquant cette quasi-parité statistique sont les suivants :
- Les revenus du patrimoine, plus fréquents chez les retraités que chez les actifs
- La prise en compte des unités de consommation, qui réduit l’effet des pensions plus faibles dans les foyers sans enfants à charge
- Les loyers imputés, correspondant à l’avantage économique de ne pas payer de loyer ou de crédit immobilier
À l’inverse, certaines dépenses liées à l’âge, notamment de santé, sont peu ou mal intégrées dans ces comparaisons, alors qu’elles pèsent lourdement sur le budget des plus de 70 ans.
Une génération loin d’être uniformément favorisée
L’idée d’une génération de retraités aisés ne fait pas consensus chez les chercheurs. Pour l’économiste Michaël Zemmour, l’amélioration passée du niveau de vie moyen s’explique surtout par des carrières plus complètes, notamment chez les femmes. Cette dynamique a atteint un sommet avant de commencer à s’inverser.
Les revalorisations exceptionnelles de pensions en 2022 et 2023 ont pu renforcer l’impression d’un avantage durable. Sur une période plus longue, la tendance est pourtant défavorable aux retraités, comme le montrent les évolutions de pouvoir d’achat.
| Indicateurs financiers (2023) | Actifs | Retraités |
|---|---|---|
| Revenu mensuel net moyen | 2 753 € | 1 512 € |
| Part des personnes sous 800 € par mois | Non applicable | 25 % |
| Dépense mensuelle moyenne de complémentaire santé | 30 € | 150 € après 70 ans |
Selon les calculs d’Henri Sterdyniak, entre 2016 et 2024, le pouvoir d’achat des salaires a progressé de 3,85 %, tandis que celui des pensions du régime général reculait de 7,65 %, hors dispositifs ciblés. Une évolution qui explique pourquoi les retraités sont inquiets pour leur pouvoir d’achat.
Les projections du COR confirment cette trajectoire : l’écart de niveau de vie entre actifs et retraités devrait continuer de s’élargir, mettant à l’épreuve l’équilibre intergénérationnel du modèle social français.
Je m’intéresse aux questions économiques, à la vie des entreprises et aux enjeux liés à la retraite. À travers mes articles, je décrypte l’actualité du monde du travail et du patrimoine, avec l’objectif d’apporter des informations claires, pratiques et utiles à celles et ceux qui souhaitent mieux comprendre les évolutions du système économique et leurs impacts sur leur quotidien.