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Venir sur son lieu de travail est-il possible pour un salarié en arrêt maladie ?

Tu es en arrêt maladie, mais tu veux passer au bureau deux minutes: dire bonjour, récupérer un dossier, rendre un PC, signer un papier. Sur le papier, ça paraît anodin. Dans la vraie vie, c’est un terrain miné, parce que pendant un arrêt, ton contrat est suspendu et l’idée de base, c’est simple: tu ne travailles pas. Le truc c’est que beaucoup confondent « venir sur le lieu de travail » et « travailler ». Sauf que, pour la Sécu, pour l’employeur, et pour un médecin contrôleur, la frontière peut être floue. Et quand c’est flou, c’est toi qui prends. Donc on pose les règles clairement: quand c’est interdit, quand ça peut passer, et ce que tu risques si tu joues au plus malin.

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Arrêt maladie: la règle, c’est zéro boulot sans accord médical

Quand on est en arrêt de travail, on doit s’abstenir d’exercer toute activité non autorisée par le médecin. Pas seulement « le job habituel », mais toute activité professionnelle, rémunérée ou non. Même un petit coup de main, même « je fais juste un point rapide », même si on est en sorties autorisées. Le principe est large, et c’est volontaire: l’arrêt sert à se soigner, pas à bricoler son planning.

Le cas classique: tu bosses en télétravail et tu te dis que tu peux gérer deux mails depuis ton lit. Non. Le fait que ton poste soit compatible télétravail ne change rien. Sans autorisation expresse du médecin, tu n’es pas censé continuer à travailler. Et « mon manager est d’accord » n’est pas un passe-droit: l’autorisation qui compte, c’est celle du médecin, point.

Autre situation fréquente: multi-activités. Exemple concret: tu es salarié à temps partiel comme formateur et tu as aussi une activité de nettoyage. Si le médecin t’arrête à cause d’une allergie liée aux produits ménagers, il peut autoriser que tu continues la formation, parce que c’est compatible avec ton état. Mais ça doit être écrit, cadré, assumé médicalement. Sans ça, tu retombes dans l’interdit.

Et venir sur le lieu de travail dans tout ça? Si la présence ressemble à une prestation de travail, même courte, on se met dans le rouge. Passer « juste pour aider sur une urgence », « juste pour briefer le remplaçant », « juste pour faire la clôture de fin de mois »: c’est du travail. L’arrêt n’est pas un mi-temps déguisé. Si tu veux faire quoi que ce soit qui ressemble à du boulot, il te faut l’accord explicite du médecin.

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Venir au bureau sans travailler: pourquoi la nuance ne te protège pas toujours

Dans la vraie vie, les gens ne viennent pas forcément « travailler ». Ils viennent récupérer leurs affaires, déposer un arrêt papier, rendre un badge, signer un reçu, ou discuter d’un retour. Sauf que vu de l’extérieur, un salarié en arrêt qui traîne dans les locaux, ça déclenche des questions. Et ces questions peuvent se transformer en contrôle, en suspicion, et en tension avec l’employeur. Même si toi, tu te dis que tu n’as rien fait de mal.

Le problème, c’est la preuve. Tu passes au bureau, tu croises un collègue, il te demande « tu peux me montrer où est le fichier? ». Tu réponds, tu ouvres ton PC, tu retrouves le doc. Pour toi, c’est du service. Pour un employeur qui cherche des billes, ou pour une caisse qui considère que tu as exercé une activité, ça peut être interprété comme du travail. Et là, tu n’es plus dans « je suis venu dire bonjour », tu es dans « j’ai participé à l’activité ».

Autre angle mort: les horaires de présence au domicile. Quand les sorties sont autorisées, tu dois, sauf cas particulier, être chez toi sur des plages type 9h-11h et 14h-16h, y compris week-end et jours fériés. Si tu vas au bureau pendant ces créneaux et qu’un contrôle tombe, tu peux te faire épingler. Et ce jour-là, tu auras beau expliquer que tu étais « juste passé », la machine administrative adore les cases simples.

Je te donne un exemple que j’ai déjà vu en PME: salarié en arrêt pour lombalgie, il passe « cinq minutes » récupérer son chargeur. Il reste vingt minutes, discute, s’assoit en salle de réunion, répond à deux questions sur un dossier client. Résultat: rumeur interne (« il est pas si malade »), employeur qui demande une contre-visite, et ambiance pourrie au retour. Moralité: même quand tu penses être prudent, le contexte peut te dépasser.

Ce que l’employeur peut faire: contre-visite médicale et suspension du complément

Côté employeur, il y a un levier très concret: la contre-visite médicale, à condition qu’il verse des indemnités complémentaires (le maintien de salaire, en gros). Il peut mandater un médecin contrôleur indépendant, sans lien privé avec lui. Et non, il n’a pas à prévenir l’employé si la visite a lieu à son domicile ou lieu de repos. Il peut découvrir ça au moment où ça sonne.

Cette contre-visite sert à vérifier deux choses: que tu es bien présent pendant les heures d’interdiction de sortie prévues par l’arrêt, et que ton état de santé colle avec l’arrêt et sa durée. Si tu es absent sans justification, ou si tu refuses la visite, l’employeur peut suspendre le versement des indemnités complémentaires. Ça ne touche pas automatiquement la part Sécurité sociale, mais ça peut déjà faire un trou sur ta fiche de paie.

Et si le médecin contrôleur estime que l’arrêt n’est pas justifié, il peut conclure à une reprise du travail à une date précisée. Si toi tu refuses de reprendre à cette date, l’employeur peut interrompre les indemnités complémentaires. On est d’accord: ce n’est pas un licenciement automatique, mais financièrement, ça peut piquer. Surtout si tu comptais sur le maintien de salaire pour tenir le mois.

Il y a aussi une limite importante, que peu de salariés connaissent: l’employeur ne peut pas te demander la raison médicale de l’arrêt. Tu n’as pas à lui raconter ta pathologie, ni à répondre à des questions intrusives. Donc si tu viens au bureau, tu t’exposes à des discussions du style « alors, t’as quoi? » et tu te retrouves à devoir esquiver. Du coup, tu crées toi-même une situation où tout le monde s’observe, et ça finit rarement bien.

Ce que tu risques avec la CPAM: indemnités journalières coupées ou à rembourser

Le nerf de la guerre, c’est l’argent. Pendant un arrêt maladie, tu peux toucher des indemnités journalières (IJ) versées par ton régime d’assurance maladie. Ces IJ sont un revenu de remplacement, avec leurs règles, leurs contrôles, et leurs sanctions. Et une obligation ressort clairement: cesser toute activité professionnelle non autorisée. Si tu ne respectes pas ça, tu peux perdre tes IJ.

La sanction la plus violente, c’est la restitution: si tu exerces une activité interdite pendant l’arrêt, tu peux devoir rembourser les indemnités journalières versées. Ça peut être quelques jours, ou beaucoup plus selon la période concernée. Et là, on n’est plus dans le débat moral « tu as abusé ou pas », on est dans une logique administrative: tu as fait une activité interdite, tu rembourses. Simple, froid, efficace.

Les contrôles existent, et pas seulement via l’employeur. L’assurance maladie peut contrôler le respect des obligations, notamment la présence au domicile quand c’est requis. Si tu n’es pas là lors d’un contrôle, sauf absence pour examen médical, tes IJ peuvent être réduites ou supprimées. Donc venir sur ton lieu de travail pendant une plage où tu devais être chez toi, c’est le combo perdant: tu prends un risque sans aucun vrai bénéfice.

Et attention à un faux bon plan que j’entends souvent: « Je ne suis pas payé, donc je peux aider. » Non. L’interdiction vise aussi les activités non rémunérées. Tu peux te dire que tu es juste solidaire, que tu ne factures rien, que tu ne déclares rien. La règle s’en fiche. Si ça ressemble à une activité professionnelle, si ça participe à une production, si tu remplaces quelqu’un, tu es potentiellement en infraction. Et quand tu es en arrêt, tu n’as pas envie de te rajouter un dossier à gérer.

Les cas où ça peut passer: autorisation du médecin, formation, et retours anticipés

Il existe des cas où une activité pendant l’arrêt peut être admise, mais c’est cadré. Le point central, toujours le même: l’autorisation expresse du médecin. Si le médecin indique que telle activité est compatible avec ton état, tu peux la faire. C’est particulièrement utile quand tu as plusieurs activités et que l’arrêt ne concerne qu’une partie. Sans cette mention claire, tu joues à pile ou face avec tes indemnités.

Autre exception encadrée: la formation. Pendant un arrêt maladie, tu peux suivre une action de formation uniquement si elle est autorisée par le médecin et compatible avec ton état de santé. Ça peut concerner une formation à distance, un module court, ou une remise à niveau. Mais ce n’est pas « je vais au bureau suivre un atelier parce que ça m’arrange ». Il faut que ce soit médicalement validé, sinon tu retombes dans l’interdit.

Et si tu veux reprendre avant la fin de l’arrêt? Là encore, ce n’est pas toi qui décides en mode « je me sens mieux, j’y vais ». Il faut un cadre médical. Beaucoup de salariés confondent motivation et autorisation. Tu peux être de bonne foi, vouloir soulager l’équipe, éviter l’empilement de mails. Mais si tu reprends sans que ce soit acté correctement, tu te mets en porte-à-faux, et tu fragilises aussi ton employeur en cas d’accident ou de litige.

Mon conseil de terrain – celui qui évite les drames – c’est de formaliser. Tu veux passer sur site? Tu demandes à ton médecin ce qui est autorisé, tu demandes à ton employeur ce qui est nécessaire, et tu limites à des choses neutres: déposer un document, récupérer des affaires, sans te connecter, sans ouvrir un dossier, sans « petit service ». Et si tu sens que ça va déraper, tu fais livrer, tu envoies un courrier, tu passes par un collègue. C’est moins héroïque, mais tu dors mieux.

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