Tu ouvres la porte du dépôt, tu sens l’air te mordre les doigts, et tu te dis: OK, là, c’est pas juste désagréable, c’est dangereux. La question arrive vite: est-ce que tu peux refuser de bosser quand il fait trop froid? Spoiler: il n’y a pas de chiffre magique dans la loi. Pas de « en dessous de X degrés, tu rentres chez toi ». Le truc, c’est que le droit existe quand même. Il s’appelle le droit de retrait, et il ne marche pas « parce qu’on se caille », mais parce que tu as un motif raisonnable de penser qu’il y a un danger grave et imminent pour ta santé ou ta vie. Et là, tout se joue dans le concret: ton poste, la durée d’exposition, le vent, les protections, les pauses, le chauffage, et la réaction de l’employeur.
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Pas de seuil légal: la loi parle de température adaptée
Première chose à graver dans ta tête: en France, aucune règle ne dit « à partir de 10C tu peux arrêter ». Ce que le Code du travail impose, c’est une logique de résultat: les locaux doivent être chauffés pendant la saison froide, et la température doit rester « convenable » ou « adaptée » au travail réalisé. Depuis une évolution entrée en vigueur en juin 2025, le principe est formulé de façon plus nette: maintenir une température adaptée, quelle que soit la saison, en tenant compte de l’activité et de l’environnement.
Du coup, on se raccroche à des repères techniques. Les tableaux de « confort » qu’on voit circuler donnent une idée: au bureau, on parle souvent de 20 à 22C. Dans un atelier avec activité physique moyenne, 16 à 18C. Et si tu fais de la manutention soutenue, 14 à 16C. Ce ne sont pas des seuils juridiques, mais ça aide à objectiver une situation quand tu dois expliquer pourquoi tu n’arrives plus à travailler correctement.
Autre repère utile: des températures positives sous 15C peuvent déjà créer un inconfort thermique, surtout sur un poste sédentaire ou peu physique. Et là, tu vois vite la différence entre « ça pique un peu » et « je perds de la dextérité ». Exemple bête: sur une chaîne où tu manipules des petites pièces, des doigts engourdis, c’est plus d’erreurs, plus de casse, et parfois une vraie mise en danger si tu travailles près d’outils coupants.
Attention quand même à un piège: si tu arrives en disant « il fait 12C, je rentre », tu risques de te faire balader. Ce qui compte, c’est l’évaluation globale: est-ce que le froid t’expose à un risque réel, et est-ce que l’employeur a mis en place des protections collectives et individuelles? Le froid, c’est rarement seul: ajoute le vent, l’humidité, la neige, un sol glissant, et tu changes complètement la donne.
Droit de retrait: seulement si danger grave et imminent
Oui, tu peux te retirer d’une situation de travail si tu as un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour ta vie ou ta santé. C’est ça, le cadre. Et il est strict. « Grave », ça veut dire un risque sérieux (hypothermie, malaise, chute, accident). « Imminent« , ça veut dire que ça peut arriver maintenant, pas dans trois semaines. Et « motif raisonnable », ça veut dire que tu peux expliquer ta décision sans partir dans le ressenti pur.
Concrètement, imagine un agent de quai dans un entrepôt non chauffé, porte sectionnelle bloquée ouverte, courant d’air permanent, et aucune pause prévue dans un local chauffé. Ajoute des gants inadaptés et une manutention répétée. Là, tu peux défendre que tu es en danger, surtout si tu commences à perdre la sensibilité des mains ou si tu trembles. Autre cas: un ouvrier dehors, exposé au vent, sur un échafaudage gelé. Le froid n’est pas juste une gêne, il augmente le risque de chute.
Le point clé, c’est la procédure sur le moment: tu alertes immédiatement l’employeur, et tu te retires de la situation dangereuse. Pas besoin d’un courrier recommandé avant de bouger, mais tu dois prévenir. Et tu ne pars pas « en douce ». Tu dis: « Je me retire parce que je considère qu’il y a un danger grave et imminent lié au froid et à l’absence de protections. » C’est carré, c’est factuel, et ça évite le théâtre.
La nuance qui pique: si tu utilises le droit de retrait sans que les conditions soient réunies, tu t’exposes à une contestation, donc potentiellement à une sanction disciplinaire. C’est pour ça qu’il faut documenter ce que tu vois: température approximative, absence de chauffage, pas de boissons chaudes, EPI manquants, sol glissant, symptômes physiques. Le droit de retrait, ce n’est pas un joker météo, c’est une arme de sécurité.
Obligations de l’employeur: DUERP, EPI, pauses, boissons chaudes
On l’oublie trop souvent, mais le froid, ce n’est pas « la faute à pas de chance ». L’employeur a une obligation d’évaluer les risques dans chaque unité de travail, et d’intégrer les risques climatiques dans le document unique (le DUERP). Ça veut dire qu’il doit anticiper les épisodes de grand froid, pas improviser quand tout le monde a déjà les lèvres bleues. Et il doit construire un plan d’action derrière: mesures collectives, puis individuelles.
Dans un local fermé, il doit chauffer pendant la saison froide, et le chauffage ne doit pas créer d’émanations nocives. Sur des postes extérieurs, il doit aménager pour protéger contre les conditions atmosphériques. Et là, le vent devient l’ennemi numéro un: il amplifie la sensation de froid et fatigue plus vite. Si ton chef te répond « mets un pull », alors que tu bosses dehors sous rafales, il passe à côté du sujet.
Côté protections, on parle d’équipements compatibles avec le grand froid: vêtements adaptés, gants, chaussures, parfois protections contre l’humidité. Et ce n’est pas juste « on vous a donné un gilet il y a deux ans ». Il faut que ça corresponde au poste. Un cariste n’a pas les mêmes besoins qu’un maçon. Un salarié immobile à un poste de contrôle dans un hangar a souvent plus froid qu’un collègue qui porte des charges. Résultat: les mesures doivent coller au terrain.
Et puis il y a l’organisation du travail, souvent le parent pauvre. Limiter le temps d’exposition, prévoir des pauses et des temps de récupération dans un endroit chauffé, adapter les horaires quand c’est possible. Même l’accès à des boissons chaudes fait partie des mesures attendues. Ça peut paraître « petit », mais sur une matinée à 0C avec humidité, une pause chaude toutes les heures change tout. Et quand l’employeur ne fait rien, c’est là que le conflit démarre.
Que faire avant de refuser: alerter RH, CSE, médecin, inspection
Si tu estimes qu’il fait trop froid, la première étape, c’est d’alerter. Ton manager, les RH, peu importe la porte d’entrée, mais il faut que l’entreprise soit au courant. Pas juste un message entre collègues sur WhatsApp. Tu décris la situation: « Température très basse dans l’atelier, pas de chauffage fonctionnel, pas de pause en local chauffé, gants inadaptés, risque de perte de dextérité. » Plus tu es concret, plus tu obliges l’employeur à répondre.
Deuxième levier: les représentants du personnel, le CSE. Eux peuvent pousser pour des actions de prévention, et ils ont aussi un rôle en cas de danger grave et imminent. Dans les boîtes où j’ai traîné mes carnets, c’est souvent le moment où tout s’accélère: quand un élu CSE débarque sur le site, prend des notes, demande le DUERP, et pose la question qui fâche: « C’est prévu où, la prévention du risque froid? » Là, bizarrement, le chauffage « va être réparé demain ».
Troisième acteur: le médecin du travail. Il peut préconiser des aménagements de poste. Et c’est utile, surtout si tu as une fragilité particulière, ou si ton poste est sédentaire dans un environnement froid. Ce n’est pas de la faiblesse, c’est de la prévention. Un avis médical peut peser lourd quand tu demandes des pauses supplémentaires, un changement temporaire d’affectation, ou des équipements plus adaptés.
Et si ça bloque, il reste l’inspection du travail, qui peut vérifier le respect des obligations et mettre en demeure si nécessaire. Personne n’aime en arriver là, mais parfois tu n’as pas le choix. Petite précision qui évite des drames: refuser de venir parce que la route est impraticable (neige, verglas) ne donne pas automatiquement droit au salaire. Il faut prévenir vite, discuter télétravail exceptionnel, congé, récupération. Ce n’est pas la même logique que le droit de retrait sur le poste.
Cas concrets: BTP, entrepôts, bureaux mal chauffés, et l’option activité partielle
Sur un chantier BTP, le froid se combine souvent avec l’humidité et le vent. Tu as des outils métalliques, des échafaudages, des sols gelés. Le danger, ce n’est pas juste « j’ai froid », c’est « je glisse », « je perds l’adhérence », « je fais une mauvaise manip ». Dans ces métiers, l’employeur est censé aménager les postes extérieurs, organiser des pauses en zone chauffée, et fournir des protections. S’il ne le fait pas, le débat sur le droit de retrait devient très concret.
Dans la logistique, l’exemple classique, c’est l’entrepôt avec portes ouvertes en continu et zones de transit. Tu peux avoir une température « pas si basse » sur le papier, mais des courants d’air constants. Et sur des postes sédentaires (accueil chauffeurs, contrôle qualité), ça tape fort. J’ai déjà entendu un chef dire: « Vous bougez pas assez. » Sauf que le job, c’est justement de ne pas bouger: vérifier, scanner, saisir. Là, la solution, c’est souvent une combinaison: chauffage d’appoint sécurisé, coupe-froid, rotation de postes, pauses.
Dans les bureaux, c’est plus sournois. Quand tu es à 17-18C toute la journée, tu n’es pas en « danger grave » automatiquement, mais tu peux être en inconfort sérieux, avec baisse de concentration, douleurs, et conflits à répétition. Les repères de confort parlent plutôt de 20 à 22C. Et depuis 2025, l’idée de « température adaptée » renforce l’obligation de ne pas laisser les salariés grelotter sous prétexte d’économies. Mais attention: ce n’est pas un droit automatique à 22C pile.
Dernier point que peu de salariés connaissent: si l’activité doit être réduite ou suspendue à cause d’intempéries ou de circonstances exceptionnelles, l’employeur peut recourir à l’activité partielle. Une période de très grand froid peut entrer dans ce cadre. Ce n’est pas toi qui déclenches ça tout seul, c’est une décision d’entreprise, mais ça existe. Et parfois, c’est plus propre que de laisser les équipes se débrouiller sur site avec trois radiateurs et des promesses.
Sources
- Peut-on refuser d’aller travailler en raison du froid ? | JADDE Avocats
- À partir de quelle température fait-il trop froid pour travailler – Juritravail
- Travail au froid et neige : 5 droits à connaître pour les salariés
- Droit de retrait : que dit la loi en cas de température extrême – Capital
- Quelles sont les obligations de l’employeur en période de froid
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