Vous regardez votre relevé de carrière, les trimestres sont bien là, l’arrêt maladie apparaît, tout semble « compté ». Et puis, au moment de la liquidation, la douche froide : la pension est plus basse que prévu. Le piège, c’est que valider des trimestres ne veut pas dire préserver le niveau de revenus pris en compte pour calculer la retraite. Dans le privé, un arrêt long peut grignoter la retraite sur deux étages : la retraite de base, via le salaire annuel moyen des 25 meilleures années, et la complémentaire Agirc-Arrco, via des points attribués gratuitement mais plafonnés. De plus, pour un départ anticipé en carrières longues, les trimestres « assimilés » maladie ne se comptent pas comme on l’imagine.
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Le salaire annuel moyen des 25 meilleures années peut chuter
Le régime de base valide des trimestres pendant l’arrêt, un trimestre tous les 60 jours d’indemnisation, dans la limite de 4 trimestres par an. Sur le papier, la durée d’assurance reste cohérente, et c’est là que beaucoup se font piéger : le nombre de trimestres sert à ouvrir des droits, mais le montant dépend aussi des salaires retenus.
Le calcul repose sur le salaire annuel moyen des 25 meilleures années. Or les indemnités journalières versées pendant l’arrêt ne sont pas prises en compte comme un salaire dans ce calcul. Résultat concret : l’année de l’arrêt peut sortir des 25 meilleures, ou y entrer avec un montant très faible si vous n’avez touché que quelques mois de salaire.
Exemple typique cité dans les explications des régimes : un salarié à 40 000 euros brut annuel qui passe dix mois en arrêt ne « pèse » plus que deux mois de salaire sur douze sur l’année concernée. Si cette année faisait partie des meilleures, elle peut être remplacée par une année plus ancienne, moins rémunératrice. Et si l’arrêt intervient en fin de carrière, quand les rémunérations sont souvent au plus haut, l’impact peut être plus visible sur la pension.
Carrières longues : la maladie ne compte que pour 4 trimestres
Autre zone de confusion, le départ anticipé au titre des carrières longues. Là, ce n’est pas seulement « avoir assez de trimestres » qui compte, mais avoir assez de trimestres considérés comme cotisés. Les périodes de maladie donnent des trimestres assimilés, utiles pour la durée d’assurance, mais pas intégralement pour ce dispositif.
La règle est claire : pour la carrière longue, seuls 4 trimestres de maladie sur l’ensemble de la carrière peuvent être retenus. Même logique pour le chômage, avec un plafond séparé. Donc si vous avez eu plusieurs arrêts longs, vous pouvez afficher un relevé « complet » et découvrir que vous n’êtes plus éligible au départ anticipé, faute d’assez de trimestres cotisés au sens strict.
Pour limiter la casse, certains arbitrages existent, mais ils ne sont pas automatiques. L’Agirc-Arrco rappelle que des jours de CET ou des congés payés, parce qu’ils sont soumis à cotisations, peuvent aider à obtenir des trimestres cotisés si le montant perçu le permet. À titre indicatif, le salaire nécessaire pour valider un trimestre était de 1 690,50 euros en 2023, avec le plafond habituel de quatre trimestres maximum par an. C’est utile, mais ce n’est pas une baguette magique si l’arrêt s’étale sur plusieurs périodes.
Agirc-Arrco : des points gratuits, mais un plafond qui limite la compensation
Côté complémentaire, le mécanisme est différent : pendant un arrêt de plus de 60 jours consécutifs, vous pouvez obtenir des points Agirc-Arrco sans cotiser, sous conditions, notamment si vous percevez des indemnités journalières. Dans la pratique, la caisse s’appuie sur les périodes d’arrêt déclarées par l’employeur, et il est conseillé de conserver ses attestations de la Sécurité sociale au cas où.
Le calcul des points « gratuits » se fait sur la base des points acquis l’année précédente. Mais il y a un verrou : ces points sont plafonnés ; le total de l’année en cours ne peut pas dépasser celui de l’année de référence. Dit autrement, si votre carrière était en progression, primes comprises, l’arrêt fige la dynamique. Vous ne perdez pas tout, mais vous ne rattrapez pas une année qui aurait été meilleure que la précédente.
Le sujet est loin d’être marginal. L’Agirc-Arrco indique que plus de 1,5 million de salariés cotisants ont connu au moins une interruption liée à une incapacité de travail en 2025, soit 6 % des cotisants. Le régime évoque aussi qu’un départ à la retraite sur six est anticipé au titre d’une incapacité ou d’une inaptitude, soit plus de 100 000 personnes chaque année. Nuance importante : les règles protègent contre le « trou » total de droits, mais elles ne garantissent pas le niveau de pension, surtout quand l’arrêt survient au mauvais moment de la carrière.
Sources
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