Un micron de travers, et tu jettes tout. Pas « à peu près », pas « ça ira ». Un micron – plus fin qu’une mèche de cheveux – et la carte de prestige part à la poubelle. C’est le quotidien d’un graveur qui travaille sur des machines parfois plus vieilles que tes grands-parents, avec l’encre, l’humidité et des mécaniques de 1910 qui ont leur humeur. L’IA peut te pondre un texte en trois secondes, mais elle ne sait pas rattraper une pression qui varie d’un souffle.
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Le paradoxe, c’est que ces métiers-là sont parmi les plus solides face à l’automatisation… et parmi les moins désirés. Ils recrutent, ils forment, ils promettent une utilité immédiate. Mais quand tu demandes autour de toi « qui veut faire ça? », tu récoltes des silences, des grimaces, ou la vieille excuse du « pas fait pour moi ». Résultat: on a des jobs qui tiennent tête à l’IA, et on n’a pas assez de gens pour les faire.
Le graveur à l’ancienne, là où un micron te tue
Le métier de graveur, dans la papeterie haut de gamme, c’est l’anti-IA par excellence. Tu bosses avec des machines qui ont une inertie, des réglages capricieux, et une précision qui ne pardonne pas. La marge d’erreur est inférieure à l’épaisseur d’un cheveu: si ça bouge d’un micron, tu recommences. Et tu ne recommences pas « sur un brouillon », tu recommences sur un support cher, souvent déjà personnalisé.
Le truc, c’est que la difficulté n’est pas seulement technique. Tu dois lire la matière, sentir la pression, anticiper comment l’encre va réagir selon la température ou l’humidité ambiante. Tu ajustes en direct, parfois à l’oreille, parfois au toucher, parfois juste parce que tu connais la machine. Une IA peut analyser une image, mais elle ne « vit » pas l’atelier, elle ne compense pas un micro-décalage causé par une pièce fatiguée.
Ce métier reste aussi protégé parce qu’il est collé à une demande de prestige. Quand tu graves des invitations, de la papeterie personnalisée ou des commandes pour des clients très exposés, l’erreur devient un risque d’image. Et dans ce monde-là, on préfère payer un humain responsable – quelqu’un qu’on peut appeler, engueuler, remercier – plutôt qu’un système automatique qui dira « désolé, je ne comprends pas ».
Mais on ne va pas se mentir: ça n’attire pas. C’est niche, c’est lent, c’est exigeant, et ce n’est pas le genre de job que les gens imaginent quand ils pensent « carrière ». Tu passes des années à apprendre des gestes invisibles, pas à empiler des certificats LinkedIn. Du coup, même si l’IA ne te remplace pas, le danger vient d’ailleurs: la pénurie de relève et la transmission qui se casse la figure.
Plombier: 14 000 recrutements, et toujours la même galère
Le plombier, c’est l’exemple concret du métier que tout le monde respecte… jusqu’au moment où il faut le faire. On parle de plus de 14 000 projets de recrutement prévus en 2025. Ce chiffre, il dit quoi? Qu’il y a du boulot, qu’il y a une demande, et que la pénurie est installée. Et non, un chatbot ne va pas se glisser sous ton évier pour trouver une fuite qui se planque.
Pourquoi l’IA ne peut pas vraiment remplacer ça? Parce que le terrain est sale, imprévisible, et plein de surprises. Une canalisation n’est jamais exactement là où le plan le prétend. Une fuite peut venir d’un raccord à moitié fendu, d’un joint mal posé, d’une pression qui varie, d’une installation bricolée par trois propriétaires précédents. Il faut diagnostiquer, improviser, choisir la bonne pièce, et réparer vite parce que l’eau, elle, n’attend pas.
Il y a aussi toute la partie relation client que les gens sous-estiment. Le plombier arrive chez toi, voit ton installation, t’explique ce qui est dangereux, ce qui est urgent, ce qui peut attendre. Il doit rassurer, négocier un devis, gérer la panique du « j’ai de l’eau partout ». L’IA peut aider à préparer un devis type, donc oui, elle grignote du temps administratif. Mais le cœur du job, c’est le geste et le jugement sur place.
Le revers de la médaille, c’est que la pénibilité et l’image collent à la peau. Horaires, urgences, déplacements, chantiers froids, odeurs, positions impossibles – tu vois le tableau. Et beaucoup de jeunes entendent « BTP » et traduisent « usant » ou « pas valorisant ». Du coup, on a un métier solide face à l’IA, mais qui se bat contre un problème bête et méchant: personne ne se projette dedans.
Opérateurs de traitement de l’eau: l’IA ne tient pas la station
Dans les listes de métiers les plus résistants au remplacement par l’IA, tu trouves des postes très concrets: opérateurs de station et système de traitement de l’eau, par exemple. C’est moins glamour qu’un « prompt engineer« , mais c’est littéralement ce qui fait que tu peux ouvrir ton robinet sans y penser. Et ce genre de job, tu ne le fais pas depuis un bureau climatisé à parler de « synergies ».
L’IA peut surveiller des capteurs, détecter des anomalies, prévoir une dérive. Très bien. Sauf que la station, c’est aussi des interventions physiques, des inspections, des manips, des décisions quand le réel ne colle pas au modèle. Une pompe qui vibre bizarrement, une vanne qui coince, un bruit qui n’existait pas hier, une odeur suspecte – ce sont des signaux faibles que des humains repèrent souvent avant les tableaux de bord.
Et puis il y a la question de la responsabilité. Dans l’eau, tu touches à la santé publique, à la continuité de service, à la sécurité. Le jour où ça déraille, tu as besoin de gens capables de faire des choix rapides, sur place, dans un environnement technique. Tu peux automatiser des séquences, mais tu ne peux pas déléguer la garde du système à une IA en mode « on verra bien ».
Pourquoi ça attire peu? Parce que c’est discret, parce que c’est technique, parce que c’est souvent en horaires décalés, et parce que la reconnaissance est quasi nulle. Quand tout va bien, personne ne te voit. Quand ça va mal, tu prends tout dans la figure. C’est le genre de métier où tu es indispensable, mais invisible. Et ça, pour recruter, c’est une purge.
Microsoft Research: les jobs « physiques » dominent les plus sûrs
Un document de Microsoft Research sur l’impact de l’IA générative a mis en avant une réalité que beaucoup refusent de regarder: les emplois les plus « sûrs » ne sont pas forcément ceux qui font rêver. Dans les métiers cités comme fortement résistants, tu vois passer opérateur de dragage, couvreur, agent d’entretien, opérateur d’équipements lourds, aide-couvreur, massothérapeute, techniciens médicaux spécialisés… bref, du concret, du terrain, du corps.
Ce n’est pas un hasard. L’IA générative est forte sur les tâches de langage et de bureau: rédiger, résumer, classer, produire des variantes. Sur un chantier, dans une cale, sur un toit, dans une station, tu as le monde réel: météo, contraintes, imprévus, danger, responsabilité. Un robot peut aider, mais remplacer totalement un humain, c’est une autre histoire. Et surtout, ça coûte cher à déployer à grande échelle.
Il y a un angle mort dans le débat: beaucoup de gens confondent « automatisable » et « automatisé demain matin ». Entre les deux, tu as la réglementation, l’assurance, la sécurité, la maintenance, la formation, et la simple peur du risque. Un employeur peut remplacer un rédacteur junior par une IA en une semaine. Remplacer une équipe qui pose une toiture, c’est une autre planète, avec des responsabilités qui font transpirer n’importe quel juriste.
Mais attention à l’illusion inverse: « si c’est sûr, ça va attirer ». Non. La sécurité face à l’IA ne suffit pas à créer une vocation. Si le job est perçu comme dur, mal compris, ou socialement dévalorisé, tu peux afficher toutes les listes du monde, ça ne remplit pas les centres de formation. Du coup, on se retrouve avec un marché du travail schizophrène: les métiers menacés attirent, les métiers solides peinent à recruter.
Le psy résiste aussi, mais pas pour les mêmes raisons
Quand on parle de métiers qui résistent à l’IA, on pense souvent « manuel ». Sauf que certains métiers de la relation humaine tiennent aussi la ligne, et le psychologue revient souvent dans les exemples. Une raison simple: la thérapie n’est pas juste une suite de questions-réponses. C’est une relation, un cadre, une subjectivité, des silences, des contradictions. Et ça, tu ne le copies pas avec un modèle statistique, même très bon.
Il y a un chiffre qui calme: 93% des patients interrogés dans une étude admettent avoir menti à leurs médecins. Ça te montre quoi? Que la parole en santé n’est pas « un input fiable ». Il faut interpréter, sentir, recouper, créer une alliance, comprendre pourquoi quelqu’un cache, minimise, ou dramatise. Un psy travaille avec ce matériau bancal. Une IA, elle, a tendance à prendre le texte comme une vérité bien rangée, sauf si tu la pilotes comme un avion de chasse.
Mais là aussi, le problème de désir existe. Tout le monde ne veut pas se coltiner la souffrance des autres, tous les jours. C’est long à former, c’est émotionnellement lourd, et ce n’est pas un métier où tu « débranches » facilement à 18h. Oui, l’IA peut donner des outils, des exercices, des pistes. Mais la responsabilité clinique et la relation, ça reste sur les épaules d’un humain – et ça pèse.
Ce qui relie le psy au plombier et au graveur, c’est un point commun: la confiance. Tu confies ton corps, ta maison, ton histoire, ton image. Et la confiance se construit avec une personne, pas avec une boîte noire. Le souci, c’est que notre époque vend du confort et de la rapidité. Ces métiers, eux, vendent de la présence, du geste, de la patience. Et ça, bizarrement, beaucoup de gens le veulent… mais peu veulent le produire.
Sources
Je suis passionné par l’économie, l’entrepreneuriat et les dynamiques du monde professionnel. À travers mes articles, j’analyse les tendances du business, les stratégies d’entreprise et les enjeux économiques pour offrir aux lecteurs une vision claire, utile et accessible de l’actualité du secteur.